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Volodymyr Yushchenko, À fleur de peau

by Bruno del Puerto

Présentée au POCTB à Orléans du 29 septembre au 11 octobre 2025, l’exposition À fleur de peau de Volodymyr Yushchenko proposait un ensemble resserré de dessins et de photographies centrés sur des notions de fragilité, de retrait et de perception ralentie. Loin de toute imagerie politique explicite, le projet avançait par atténuation, préférant la discrétion visuelle à l’affirmation, et la suggestion à la prise de position frontale.

Les œuvres exposées, toutes réalisées en 2025, ne représentaient ni le pouvoir ni ses symboles. Elles en contournaient plutôt les effets, les déplaçant vers des formes d’absence, d’effacement et de visibilité minimale. Cette stratégie s’inscrivait dans une orientation largement partagée par une partie de la création contemporaine, où la tonalité affective tend à remplacer la critique déclarée. Reste à savoir si ce choix relevait d’une résistance active aux régimes visuels dominants ou d’un retrait assumé de leurs enjeux — une ambiguïté que l’exposition ne cherchait ni à résoudre ni à exploiter pleinement.

La pratique de Yushchenko se caractérisait par une grande économie de moyens. Les dessins étaient construits à partir de couches très légères, parfois à la limite de la disparition, tandis que les photographies privilégiaient des cadrages rapprochés de cheveux ou de peau, glissant vers une abstraction presque tactile. Aucun recours visible à la manipulation numérique, aucun effet spectaculaire : l’ensemble reposait sur une attention prolongée et une certaine discipline formelle. Si cette retenue assurait une cohérence visuelle indéniable, elle restreignait également la diversité des interprétations possibles.

L’exposition s’inscrivait dans une tradition artistique attentive aux limites du visible, sans pour autant chercher la tension propre aux dispositifs illusionnistes ou conceptuels. Ici, l’image ne perturbait pas la perception ; elle la retenait. Cette suspension pouvait favoriser une observation plus lente, mais elle tendait aussi à produire une homogénéité d’effets, où l’incertitude devenait une valeur esthétique en soi.

Les visages dessinés apparaissaient à peine constitués, leurs traits adoucis jusqu’à l’anonymat. Ils fonctionnaient moins comme des portraits que comme des figures génériques de présence en voie d’effacement. De manière comparable, les photographies réduisaient le corps à une surface, à une texture, neutralisant toute inscription sociale ou contextuelle précise. Ce choix évitait l’objectivation, mais au prix d’une certaine dépolitisation de la vulnérabilité.

La palette chromatique — tons chair, gris sourds, vert profond du mur d’exposition — contribuait fortement à l’atmosphère générale. Elle instaurait un climat de calme et de continuité, propice à une lecture contemplative, mais réduisait également les contrastes et les zones de friction visuelle.

À fleur de peau se présentait ainsi comme une exposition rigoureusement maîtrisée, fidèle à une esthétique de la retenue. Sa cohérence formelle constituait sa principale qualité. En revanche, son refus assumé de toute mise en danger limitait sa portée critique. La fragilité y apparaissait moins comme un outil de confrontation que comme une posture soigneusement maintenue, laissant ouvertes — mais peu explorées — les questions de son efficacité critique dans le contexte actuel.

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