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Sauvan : un pied dans la variété, un autre dans l’électro

by Ines Desnot

Avec ses textes chiadés et ses productions électro, Sauvan impose sa prose sur les pistes de danse. L’artiste puise autant son inspiration chez Jean-Jacques Goldman que les Daft Punk pour créer ce savant mélange. Il agitera le public du Rex de Toulouse, vendredi 5 avril 2024. Culture 31 a conversé avec ce soupirant du contraste.

Sauvan
Sauvan © Yann Orhan

Culture 31 : Tu crées de l’électro-variété. Comment définirais-tu cet univers ?

Sauvan : Je dirais que c’est d’abord des chansons de variété à texte. Et j’amène une patte électro dans la production pour rendre ça plus dansant et fêtard.

Tu mélanges aussi bien les genres que les époques. Dans ton esthétique et dans ton phrasé, il y a quelque chose de très rétro. Quelles sont tes influences de ce côté là et dans la sphère électro ?

Dans le rétro, il y a un peu toute la variété traditionnelle. Les chansons qui ont été écrites pour Claude François, Dalida, Aznavour… J’ai aussi beaucoup écouté Goldman. Toutes ces chansons à texte d’avant les années 2000. Surtout dans la partie composition et texte. Côté électro, dans les productions, c’est plus un son à la Daft Punk, avec des percussions justement assez électro et organiques, des guitares, des samples de piano… Et des effets de montage qui font penser à tout ce qui appartient un peu au mouvement de la french touch.

Ton premier EP « Le temps des mirabelles » (2023) t’a révélé au grand public. Comment as-tu vécu ce passage de Louis à Sauvan ?

J’étais tout à fait indé à l’origine. Tout est parti de ma chambre. Et à mesure des singles qui sortaient, il y a un public qui s’est créé. Ça fait tout de suite un peu bizarre, parce qu’on se retrouve un peu balancé sur le devant de la scène. Je parle pas de zéniths, mais des petites scènes, des salles, des évènements privés. Ça fait toujours bizarre, on se sent un peu illégitime. Puis au final, on s’y fait, et ça avance. Je suis plutôt contente de ce qu’il se passe !

Globalement, dans ton premier projet, tu proposes quelque chose de léger et poétique. On retrouve d’ailleurs énormément de références au temps (temporalité) et au temps (météo) : « Un mois pluvieux d’avril », « La neige tombe-t-elle en décembre ? Et tes larmes au mois de mai », « les dimanches tout l’été »… Quel rapport entretiens-tu avec le temps ?

Sur l’EP, c’est vrai qu’il y a souvent ce double sens avec le temps et c’est pour ça que je l’ai appelé « Le temps des mirabelles ». Je pense que je suis assez impacté par la météo globalement. Un hiver un peu long pour moi en terme d’ensoleillement, ça a beaucoup d’influence sur mes humeurs. Je remarque que j’écris beaucoup à la fin de l’hiver. Donc je pense que je suis particulièrement touché par la grisaille et la nostalgie. Après, je pense que je suis un peu fasciné et terrorisé par le temps qui passe. Forcément, la mort, la vie… Ce sont des sujets sur lesquels je réfléchis beaucoup.

En février 2024, tu as dévoilé un nouvel EP, baptisé « Crépuscule ». Tu y proposes des textes plus assumés, notamment avec « Nous les hommes ». Quel message souhaitais-tu faire passer avec ce titre ?

« Nous les hommes », c’est un texte qui dépeint une histoire de virilité un peu toxique, qui est prise entre dépendance et ras-le-bol des femmes. Il y a une relation un peu étrange qui est tissée vis-à-vis de l’autre. C’était ça que je voulais montrer, cette espèce de versatilité de la relation que les hommes peuvent avoir avec les femmes. Globalement, c’est assez malsain. Et ce que j’aime bien, c’est que c’est un texte assez malsain qui est raconté sur une production pop et dansante. C’est ce contraste là que je voulais. Je trouve que ça rend la chose assez intéressante. « Nous les hommes », c’était aussi une référence à la chanson « Vous les femmes » d’Enrico Macias. Tout le projet de la chanson part de là. C’est une réponse un peu anachronique.

Dans « Alain et Aline », tu dis cette fois « À la cérémonie des césars, aux NRJ Music Awards, allez-y sans nous », tandis que tu te projettes à l’Olympia dans le titre du même nom. Dans ces titres, tu multiplies les références (plus ou moins) cachées à différents artistes et à la vie d’artiste.

Sur « Alain et Aline », c’est une histoire d’amour entre Alain Delon, et Aline, la protagoniste de la chanson de Christophe. Donc c’est une chanson sur l’amour impossible, puisqu’ils font partie de deux univers différents qui ne se retrouveront jamais. Plus précisément quand je dis « À la cérémonie des césars, aux NRJ Music Awards, allez-y sans nous ». C’est par rapport au narratif de la chanson, avec Alain Delon à la cérémonie des césars, et Aline aux NRJ Music Awards. Il y a aussi un petit clin d’œil à mon parcours de carrière qui se fait un peu sans eux, sans les NRJ Music Awards et les césars. C’est un triple sens sur cette chanson.

Et dans « Olympia », c’est un peu pareil. C’est un texte assez lourd finalement, où je me promets l’Olympia, je le transforme en femme que je vais conquérir. Je mets ça, encore une fois, sur une production électro dansante, avec un duo de rap, ce qui rend le truc assez léger. Et c’est toujours ce contraste que je trouve sympa avec des textes lourds de sens mais amenés de manière légère.

On a parlé de scène avec l’Olympia et tu fais justement ta première tournée avec « Crépuscule ». Tu seras donc de passage au Rex de Toulouse le 5 avril prochain. Comment appréhendes-tu cette date auprès du public de la Ville rose ?

À la genèse du projet, j’ai fait pas mal de petits showcases un peu partout en France. C’est ça qui a donné un premier coup de boost, et j’ai fait pas mal de villes, mais Toulouse, je n’ai jamais fait ! Ça va être la première fois que je viens. Donc forcément, j’ai pas mal de stress et d’appréhension. En même temps, j’ai hâte de découvrir les gens qui m’écoutent là-bas. Puis j’ai eu la chance de faire quelques aller-retour cette année, grâce à une étudiante en costume qui m’a contacté sur Instagram et m’a confectionné un costume spécialement pour La Cigale. Alors j’ai déjà eu l’opportunité de découvrir Toulouse. C’est une ville ensoleillée et pleine de vie, donc j’ai assez hâte de voir les gens qui écoutent ma musique ici.

Propos recueillis par Inès Desnot

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