Accueil » « A nos ivresses » d’Alicia Dorey

« A nos ivresses » d’Alicia Dorey

by Léa Vergès

Chaque semaine, on vous invite à lire une nouveauté, un classique ou un livre injustement méconnu.

Dans le registre ô combien varié et encombré de la littérature dédiée au vin ou plus largement aux alcools, Alicia Dorey vient de signer un livre foncièrement original, entre l’autobiographie sensible et la méditation vagabonde sur le boire ainsi que sur les éventuels déboires liés à l’abus d’alcool. Pour autant, la journaliste, responsable éditoriale du Figaro Vin, n’emprunte pas les précautions d’usage chères aux ligues de vertu sanitaire à l’ère du dry january et d’un certain puritanisme d’inspiration anglo-saxonne. « Les ivresses sont nos espaces libres », annonce ainsi Alicia Dorey dès la première ligne avant d’aggraver son cas un peu plus loin : « Il n’existe à ma connaissance aucun mal auquel l’ivresse ne vienne pas s’inscrire en remède : le travail, l’ennui, le trajet, la rupture amoureuse, la canicule, le froid, la faim, le dépaysement. »

Alicia Dorey
Alicia Dorey © Laura Stevens – Flammarion

Munie de cette certitude, la jeune femme invite le lecteur à la suivre, de dégustations professionnelles dès potron-minet à des dérives nocturnes qui ne doivent rien aux contingences de la vie sociale, mais tout au goût de l’imprévu. A nos ivresses nous épargne cependant les clichés et les mythologies éculées – notamment littéraires – de la « saoulographie ».

Inépuisable matière à récits

Préférant l’air du large (de la Géorgie à Buenos Aires en passant par New York ou le Liban) à l’air vicié des confréries de leveurs de coude, Alicia Dorey affirme cultiver « une forme d’ignorance » qui a partie liée avec l’innocence.  Elle fait aussi partager des moments de joie, des petits matins difficiles ou l’amertume que peut laisser une gorgée d’arak quand elle nous renvoie au sentiment de la perte. Les pages consacrées à l’enterrement de son grand-père et aux verres de rosé bus à sa mémoire distillent une joyeuse mélancolie digne des meilleurs films de Wes Anderson ou de Lost in Translation de Sofia Coppola. Une rencontre avec le grand vigneron champenois Anselme Selosse nous rappelle que la nature est fantasque et par là même fantastique.

On aura compris que l’on boit beaucoup dans A nos ivresses. On boit pour rompre « le décompte infernal de nos existences d’experts-comptables » et gagner des « petits fragments d’insouciance volés au reste de la journée ». On boit des cocktails, des boissons fortes et, bien sûr, toutes sortes de vins – surtout naturels – car le vin est « une inépuisable matière à récits ». La preuve.

Christian Authier

UN LIVRE POUR LE WEEK-END

Articles récents