Contactez-nous
Mardi 19 Septembre 2017

Les enfants de Molière

Par Jérôme Gac 

Reprise au Théâtre Sorano de « Tartuffe ou l’Imposteur » dans la mise en scène de Gwenaël Morin, par de jeunes acteurs toulousains.


Cet hiver, Gwenaël Morin a présenté au Théâtre Sorano «les Molières de Vitez», soit les quatre pièces montées en 1978 par Antoine Vitez avec onze jeunes acteurs – dont Didier Sandre, Nada Strancar, Dominique Valadié. Accueilli par un scandale au Festival d’Avignon mais aussi avec un grand succès, le geste de Vitez constituait une lecture radicalement différente de celles qui étaient alors réservées aux classiques. Celui-ci rejetait le terme «dépoussiérage», c’est à dire «l’idée que les œuvres seraient intactes, luisantes, polie, belles, sous une couche de poussière, et qu’en ôtant cette poussière, on les retrouverait dans leur intégrité originelle». Il affirmait donc : «Le dépoussiérage, c’est la restauration. Notre travail à nous est tout au contraire de montrer les fractures du temps». Vitez entendait ainsi revaloriser la dimension éphémère propre à l’art théâtral, et s’attachait à réinventer les piliers du théâtre que sont la troupe, l’alternance et le décor unique.

Directeur du Théâtre du Point du Jour, à Lyon, Gwenaël Morin a entrepris de réinvestir à sa manière l’entreprise de Vitez, à partir des quatre pièces de Molière choisies par celui-ci : « L’École des femmes », « Tartuffe ou l’Imposteur », « Dom Juan ou le Festin de pierre », « le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux ». Pour cela, il a choisi de travailler avec des comédiens issus de la même promotion du conservatoire de Lyon en appliquant les principes de son Théâtre Permanent: «Faire du théâtre tout le temps, au même endroit, avec les mêmes personnes ! Il faut avoir les idées suffisamment claires, précises pour emporter l’adhésion. Et surtout, il faut s’extraire de l’idée de perfection. La perfection, c’est l’inscription dans un ordre. C’est insupportable en réalité, parce que nous sommes tous des êtres humains précaires, mal gaulés, traversés par des passions, capables de déplacer des montagnes et en même temps tellement faibles par ailleurs… Il y a parfois des coïncidences incroyables, mais la plupart du temps, on fait comme on peut ! Ce qui fait une grande œuvre c’est sa capacité à intégrer et à sublimer le vivant. Le vivant, c’est tout sauf la perfection !», assure le metteur en scène.

La troupe lyonnaise des «Molières de Vitez» a brillé durant deux semaines à Toulouse, avant de transmettre à onze jeunes acteurs toulousains la mise en scène de « Tartuffe », aujourd’hui de nouveau à l’affiche du Théâtre Sorano. Comme à l’accoutumée, Gwenaël Morin n’utilise aucun décor, place quelques accessoires sur scène, et laisse visiblement aux acteurs le libre choix de leurs costumes puisque la plupart portent des tenues de ville agrémentées de quelques rubans ou de perruques. Seule une grosse caisse demeure installée côté jardin, servant à ponctuer la fin de chaque acte. L’autre élément essentiel est la présence immuable d’une horloge accrochée au mur, en fond de scène et face aux spectateurs. Le choix de Gwenaël Morin est en effet de représenter chacune des œuvres en une heure et trente minutes seulement, quelque soit la longueur de chaque texte.

Puisant du côté du slapstick et du cartoon à l’américaine, sa mise en scène ne fait guère l’économie de pétages de plombs grimaçants et autres courses poursuites rocambolesques dans tous les espaces du théâtre. Gwenaël Morin ne s’encombre pas de psychologie inutile : artisan d’un théâtre de l’urgence, il dynamite chaque scène à partir d’une succession d’actions, libérant chez les comédiens une énergie foudroyante et irrésistible, privilégiant l’éclosion sans détour d’émotions pures.


une chronique du mensuel Intramuros

 

Du vendredi 15 au samedi 16 septembre,
20h00, au Théâtre Sorano,
35, allées Jules-Guesde, Toulouse.
Tél. : 05 32 09 32 35.