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Mercredi 22 Novembre 2017

Exposition François Bel - Canopé de l’Académie de Toulouse

par Claire Eckersley

François Bel : «C’est le graffiti qui m’a orienté vers la peinture.»

Jusqu’au 20 décembre 2017, Canopé de l’Académie de Toulouse expose de nouveau les œuvres de François Bel. Une occasion de rencontres et d’échanges où l’artiste nous présente ses petits Big Bang et nous interroge sur notre individualisme et nos modes de consommation.

C’est un mariage de sculptures, de peintures, d’installations, de photographies dans un style urbain et poétique. Un mélange de Street-Art et de Pop-art associé à une esthétique translucide et aérienne où l’objet est figé dans le mouvement de l’explosion. Les œuvres sont nos objets du quotidien. Une bouteille de champagne qui se brise, un dollar déchiré, un smartphone en mille-feuilles, un morceau de mur éclaté… François Bel, artiste multiple d’origine lyonnaise, nous présente Fragile, sa nouvelle exposition à Canopé académie.

Pourquoi avoir choisi le thème Fragile ? Qu’est-ce qu’il signifie pour vous ?

Fragile est le fil conducteur de l’expo. Il fait référence à ma propre fragilité d’homme, d’artiste, de père. La fragilité aussi de ma non connaissance des choses. Je m’inspire de tout ce qui me touche…  Par exemple, j’expose des photos des yeux et de la bouche de ma femme, que l’on peut voir à l’entrée de l’exposition. Ces yeux et cette bouche symbolisent notre fille.

Vos sculptures représentent des objets saisis au moment de l’explosion mais en les enfermant de cette façon ils deviennent de nouveaux objets. Des objets d’art. En voulant figer l’instant de fragilité ne perd-t-on pas justement la dimension de fragilité ?   

Toute fragilité est relative. Cela paraît solide parce que je ne peux pas le retoucher, mais cela reste rayable, cassable. C’est un écrin en verre pour une éventuelle fragilité. Il y a quelque chose de poétique dans le fait que les choses puissent disparaître. La fragilité est le thème général, le fil conducteur de l’exposition, mais il ne s’applique pas à toutes les œuvres.

O’Clock

Quelle technique utilisez-vous pour faire vos sculptures ?

Je travaille avec l’objet couché. Tout d’abord on va faire un moule puis on coule la résine par strates. Les éléments de l’objet sont posés petit à petit. On attend que ça durcisse puis on coule de nouvelles strates en venant poser les autres éléments et ainsi de suite. A la fin on chauffe le tout dans un four et l’œuvre paraît au polissage et au lustrage. Il y a donc toujours une petite surprise même si la composition globale était déjà pensée. Je ne découvre l’œuvre qu’à la fin et parfois il y a de bonnes surprises. La cuisson travaille la matière. Elle fait des éclats et dessine comme des ondes ou un mouvement. C’est le cas avec la bouteille de champagne.

Toast

Vos œuvres rappellent le Pop-Art d’Andy Warhol ou les ready-made de Marcel Duchamp. Vous vous êtes beaucoup inspiré de ces artistes ?

J’ai imaginé mes œuvres comme des petits Big Bang personnels. Le Big Bang c’est le mouvement originel qui renvoie à notre rapport avec le temps. J’emprunte aussi des références populaires accessibles à tous : une bouteille de champagne, un smartphone, une montre… Il y a bien sûr un clin d’œil au Pop-Art d’Andy Warhol avec l’utilisation d’objets populaires et le système de répétition  du Street-Art. Mais chacun y voit ce qu’il veut. Je n’aime pas commenter mes œuvres car je trouve que ça enlève la richesse de l’imaginaire. La sculpture parle d’elle même.

Ashtagocratie

Y a-t-il chez vous aussi une démarche de critique du monde matériel et de la consommation ?

J’ai commencé à faire des objets avec un souci d’indignation. Contre l’individualisme contemporain et le matérialisme. Puis au fur et à mesure j’ai vu des choses plus positives avec notamment ce petit Big Bang originel. Moi même je n’ai pas qu’une seule interprétation de ce que je fais et puis cela va aussi fluctuer avec l’objet. J’aime ce dynamisme de l’explosion. On pourrait y voir des références très négatives mais encore une fois chacun est libre d’y voir ce qu’il veut.

Dollards

Les sculptures ne sont pas votre seul travail. Vous créez aussi ce que vous appelez des Sacs à nœuds avec des fils de fer.

Le fil de fer est un peu détaché de ça, mais encore une fois rappelle des choses connues de tous. Un jour j’ai trouvé une télé abandonnée dans la rue avec des fils de fer qui dépassaient. J’en ai pris un et j’en ai fait une petite fleur pour ma copine de l’époque. A ce moment je me suis rendu compte que quand je ratais un pétale je pouvais toujours revenir en arrière. J’ai tout de suite adoré travailler avec cette matière.

Comment vous êtes-vous mis à la création ?

Je n’ai pas fait d’école d’art mais des études de psycho par correspondance avant de faire des études de communication. J’ai eu un parcours plutôt chaotique. En aidant un ami à publier des albums, je me suis même essayé à la musique ! J’ai été prof de MAO – Musique Assistée par Ordinateur – pendant un temps avant de devenir DJ. On a fait quelques concerts, dont un au Bataclan. Mais je n’ai jamais eu l’oreille musicale. Je n’étais pas doué… C’est le graffiti qui m’a orienté vers la peinture.

Totem et dripping

Vous étiez tagueur ?

Oui à l’adolescence. J’ai arrêté le graffiti quand j’ai été attrapé par la police. On m’a jugé et condamné à une amende. On m’a fait rencontrer des particuliers chez qui j’ai fait des tags et l’un d’eux, un papy, m’a dit «Toi, sur ce mur de brique tu as écrit ton nom. Moi à cet endroit j’ai demandé ma femme en mariage et le mur ne sera plus jamais pareil. » A partir de ce moment-là j’ai réfléchi et je me suis détourné du tag.

Aujourd’hui François Bel arrive à vivre de son art. Les œuvres de sa première exposition ont quasiment toutes été vendues. L’exposition Fragile aura lieu jusqu’au 20 décembre.

Claire Eckersley


Exposition Fragile de François Bel

A Canopé de l’Académie de Toulouse

Jusqu’au 20 décembre 2017

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