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Mercredi 22 Août 2018

Paysages du Sud

Par Jérôme Gac

« L’éclat des ombres » au Musée Paul-Dupuy, une exposition en noir et blanc de photographies de Pierre de Fenoÿl à Toulouse.

 

PierredeFenoÿl Cimetière Puycheval Rabastens Tarn 1985  Cimetière de Puycheval, Rabastens, Tarn, 1985 (DATAR)

 

«J’avais un paysage dans la tête, un paysage toscan, et je ne l’ai pas trouvé en Toscane mais ici, dans cette enclave étrange où le peuplier et le cyprès se rejoignent. C’est un endroit dont je connaissais l’existence de façon rêvée, et qui à un moment donné m’est apparu, avec cette maison en pierre, carrée, un peu à l’italienne, et ce jardin qui avait à la fois un côté très bucolique et un côté jardin à la française. C’est une rencontre qui a fait basculer ma vie et mon emploi du temps», confessait Pierre de Fenoÿl [prononcer «fenouil»] en 1987, peu avant sa mort d’une crise cardiaque, à l’âge de 42 ans, dans le Tarn où il s’était installé trois ans plus tôt.

Le Musée Paul-Dupuy présente actuellement une riche exposition dédiée au photographe, dont les travaux en noir et blanc capturent des paysages d’Égypte, d’Italie et du Sud de la France. À une époque où la photographie souffrait d’un manque de légitimité, Pierre de Fenoÿl disparaît au moment où son art acquiert un début de reconnaissance. Son regard se portait sur des espaces ruraux, en particulier français, dont il sculptait la lumière au hasard de ses dérives, «une qualité qu’on ne reconnaissait jusqu’alors qu’aux Américains», assure Catherine Dérioz, cofondatrice de la galerie Le Réverbère à Lyon qui s’applique à défendre cet artiste trop méconnu.

Créateur et directeur de l’agence Vu, correspondant du magazine Photo à New York au début des années soixante-dix, Pierre de Fenoÿl a été l’un des principaux acteurs du monde de la photographie en France, de la fin des années soixante jusqu’à sa mort. Iconographe, commissaire d’exposition, acheteur d’art etc., il devient en 1977 le premier directeur de la Fondation nationale de la photographie, puis est nommé l’année suivante conseiller pour la photographie au Centre Pompidou. Il a ainsi activement œuvré pour la reconnaissance de la photographie par les institutions dans les années soixante-dix.

Pierre de Fenoÿl quitte l’institution en 1981 pour se consacrer à son œuvre personnelle. C’est aussi l’époque de ses premières expositions à Paris. Lors du vernissage de cette monographie au musée Paul-Dupuy, le 15 mai dernier, sa fille Aliette précisait : «La photographie de paysages n’était pas développée à l’époque. Son choix des sujets et sa manière de procéder relève d’un combat contre la recherche du scoop et le rythme de l’information qui déjà s’accélère dans les années quatre-vingt. C’est pour cette raison, je pense, qu’il a marqué toute une génération».

Ses images sont le fruit d’une recherche patiente de l’instant rêvé, cet instant où la lumière dessine des figures dans la nature traversée d’ombres et sur les pierres rongées par le temps. De la même manière, les autoportraits visibles à Toulouse sont la capture de l’ombre de sa silhouette projetée dans l’espace. Pierre de Fenoÿl cisèle des lignes d’horizon d’une émouvante pureté et construit une géométrie des paysages à la beauté évidente. Portée par une grâce inouïe, son œuvre révèle des paradis perdus, des moments d’éternité saisissants à apprécier tout l’été !

Jérôme Gac
pour le mensuel Intramuros


« L’éclat des ombres »
jusqu’au 2 septembre, du mardi au dimanche, de 10h00 à 18h00,
au Musée Paul-Dupuy
, 13, rue de la Pleau, Toulouse