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Mardi 21 Août 2018

Les arts florissants

Par Jérôme Gac

L’exposition «Toulouse Renaissance» se déploie en deux volets toulousains au musée des Augustins et à la Bibliothèque d’Étude et du Patrimoine.

 

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« Apôtre tenant un livre »Après Paris, Tours et Lyon, la Renaissance française fait l’objet d’une exposition toulousaine, au musée des Augustins et à la Bibliothèque d’Étude et du Patrimoine. Intitulé «Toulouse Renaissance», cet événement s’appuie sur un projet universitaire d’envergure en cours, à l’Université Jean-Jaurès, qui permettra d’évaluer les apports de la ville de Toulouse au rayonnement de la Renaissance en France. L’exposition se déploie en deux volets et réunit plus de 170 pièces datant de 1490 à 1620, parmi lesquelles des chefs-d’œuvre provenant de toute la région et de collections publiques prestigieuses (musée du Louvre à Paris, Musée national de la Renaissance à Ecouen, Bibliothèque nationale de France, École nationale des beaux-Arts, Institut national d’histoire de l’art) : «Des œuvres de qualité encore peu connues, revisitées ou inédites, invitent ainsi à découvrir la musique ou l’imprimerie, de même que la peinture et ses variations d’enluminures, de vitraux ou de tapisseries, ou encore la sculpture avec ses déclinaisons d’orfèvrerie, de fontes civiles et militaires ou de menuiseries. Surgissent alors des artistes méconnus, tels que Léonard de Lachieze, Bernard Nalot ou Jean Rancy, ainsi que bien des créations singulières, bustes reliquaires, fresques et tentures, statues en terre cuite ou polychromes, têtes d’apôtres naufragées, figures et bénitiers de marbres, tableaux énigmatiques, dessins de meubles exubérants, stalles sculptées de griffons…», annonce Pascal Julien, l’un des commissaires de l’exposition.

Autour du thème «Quand la peinture était dans les livres», des livres précieux et enluminures sont ainsi visibles à la Bibliothèque d’Étude et du Patrimoine, où le parcours stylistique proposé évoque les conditions de production des livres illustrés entre 1460 et 1535. Cette période charnière de l’histoire du livre est en effet marquée par le passage du manuscrit enluminé à l’imprimé orné de gravures. Sont mis en lumière les travaux de quelques figures : Antoine de Lonhy et ses émules (vers 1460-1480), Liénard de Lachieze (vers 1475-1501), Laurent Robini (vers 1490-1510), principalement connu pour ses peintures dans les Annales des Capitouls, puis les peintres ayant répondu aux commandes de l’évêque de Mirepoix Philippe de Lévis (vers 1510- 1535).

Aux musée des Augustins, se dessine un portrait de «cette “plaisante ville de Toulouse”, dénoncée dès 1534 par l’humaniste Étienne Dolet comme “impitoyable, inculte, âpre et barbare”, mais décrite à la fin du siècle par le savant Joseph Juste Scaliger comme “la plus belle ville de France”, couverte de palais», écrit dans le catalogue de l’exposition Pascal Julien, professeur d’histoire de l’art à l’université Toulouse Jean-Jaurès. Celui-ci précise que «Toulouse se caractérise par son éloignement de la Cour et des grands axes de circulation vers l’Italie mais se distingue aussi par son rôle de foyer artistique majeur. Dans la logique de la capitale d’une province d’Ancien Régime, siège d’un immense archevêché, d’un parlement souverain et d’une université réputée, au centre d’une région aussi vaste que fertile, elle fut une ville puissante et opulente, dont ses voisines dépendaient politiquement, juridiquement et économiquement et où clercs, officiers et bourgeois stimulaient un artisanat de haute qualité. Les élites s’y formaient, les affaires s’y réglaient et les arts y étaient prospères et recherchés.»

 

Mercure Volant

« Mercure volant », 1623

 

Au début de la visite, sont évoqués des chantiers de cathédrales et de châteaux de la région proche, avec la présentation d’un vitrail récemment restauré de la cathédrale d’Auch, ou encore d’un splendide « Ecce Homo » de la cathédrale Saint-Cécile d’Albi. Judicieusement conçu, le parcours montre comment émerge à Toulouse le goût nouveau : ce premier essor de la Renaissance voit naître des œuvres nouvelles et audacieuses, comme en témoigne la monumentale tenture de « la Naissance de saint Jean-Baptiste » provenant de la cathédrale Saint-Étienne. Conservée dans un exceptionnel état d’intégrité, elle n’avait pas été montrée depuis des années. La section dédiée à l’épanouissement classique (jusque dans les années 1560) met ensuite en relief le passage d’une Renaissance de motifs érudits à un art en lien avec l’art royal et la littérature artistique. C’est alors que la première statue à destination civique fondue en France représentait la fameuse « Dame Tholose », ou « Palladia Tolosa », mère des arts toulousaine. L’exposition exhibe ici la série exceptionnelle de sculptures de Nicolas Bachelier provenant de la Dalbade.

La fin du parcours s’intéresse à une époque où la troisième ville de France voit se développer son Parlement et le commerce du pastel bleu dans toute l’Europe, mais voit aussi se propager le protestantisme de façon importante. Le choix des œuvres reflète ce contexte d’une cité soumise à des pouvoirs civils, parlementaires et religieux avides d’apparat, au sein d’une région où la montée en puissance du protestantisme s’oppose aux enjeux du trône, jusqu’à l’éclatement d’une guerre civile à partir des années 1560. Ainsi, l’ascension d’Henri de Navarre, qui fait valoir par les armes ses prétentions au trône, est déclinée en plusieurs portraits qui appuient sa détermination, une fois devenu le roi de France Henri IV, de manifester sa victoire dans Toulouse qui lui fut si opposée.

Ces temps tourmentés ne freinent en rien la fécondité des arts, Toulouse demeurant un foyer artistique majeur où, jusqu’au début du XVIIe siècle, se déclinent les métamorphoses maniéristes de la Renaissance : les peintres, tel Jacques Boulbène, conçoivent des tableaux d’une pensée complexe, Dominique Bachelier puis Pierre II Souffron érigent des demeures fastueuses tout en menant à bien la grande entreprise du Pont-Neuf, les menuisiers réalisent des meubles et boiseries enrichis d’une sculpture foisonnante et inventive. Clôturant ce voyage dans le temps, le beau « Mercure volant » (photo) qui ornait une fontaine est le fruit de Bernard Py, un de ces fondeurs à la technicité renommée qui produisaient des fleurs délicates comme des canons et des cloches.


jusqu’au 16 juin, du mardi au samedi, de 10h00 à 19h00,
à la Bibliothèque d’Étude et du Patrimoine
,
1, rue du Périgord, Toulouse.

jusqu’au 24 septembre, de 10h00 à 18h00
(fermeture le mardi, nocturne le mercredi jusqu’à 21h00),
au Musée des Augustins
, 21, rue de Metz, Toulouse

 

photos © Musée des Augustins