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Lundi 17 Juin 2019

Hommage et variations

Par Jérôme Gac

Avec le programme «Nijinski, clown de Dieu», le Ballet du Capitole invite à Toulouse quatre chorégraphes pour célébrer à la Halle aux Grains une figure légendaire de la danse.

 

VaslavNijinski

 

Le dernier programme de la saison du Ballet du Capitole est dédié à Vaslav Nijinski, danseur et chorégraphe de génie mort en 1950 et surnommé le «Dieu de la danse». Sous l’intitulé «Nijinski, clown de Dieu», trois entrées au répertoire de la compagnie et une création sont annoncées, soit quatre chorégraphes invités par Kader Belarbi pour célébrer à la Halle aux Grains cette figure légendaire qui sombra dans la folie après sa rupture artistique et affective avec Serge Diaghilev – fondateur des Ballets Russes de Paris. Né à Kiev, Nijinski rencontra en 1908 celui qui bouleversera sa vie: il devient le protégé et l’amant de Diaghilev, et brillera de 1909 à 1919 au sein des Ballets russes. Adulé du public occidental pour la puissance et la beauté de sa danse, sa félinité et sa capacité incroyable pour transcender le mouvement, Nijinski crée les pièces les plus célèbres de Mikhaïl Fokine et réalise sa première chorégraphie en 1912. Tournant le dos à la danse académique, ses œuvres déconcertent le public ou le scandalisent comme « l’Après-midi d’un faune » (1912) et « le Sacre du printemps » (1913). Il crée son dernier ballet, « Till l’Espiègle », aux États-Unis en 1916, puis s’installe en Suisse où apparaissent les premiers signes de sa maladie mentale. Il meurt à Londres en 1950, à l’âge de 60 ans.

Kader Belarbi rappelle que «Nijinski, le génial danseur, était très apprécié du public parisien pour sa grâce, sa virtuosité et la qualité de ses sauts. En revanche, Nijinski le chorégraphe déroute parce qu’il va encore plus loin dans le bouleversement des codes, des mouvements, du rythme, et il révolutionne l’art du ballet. Mais il est aussi un homme en proie à des hallucinations mystiques. L’écriture de ses « Cahiers » crie un besoin d’amour désespéré (“J’aime tout le monde mais on ne m’aime pas”) que Nijinski ne semble trouver qu’en Dieu : “Je sais que Dieu m’aime, c’est pourquoi je ne suis pas seul”. Ses Cahiers dévoilent un homme souffrant, fragile, éperdu d’amour et le rendent extraordinairement vivant, bouleversant de vérité. Nijinski est un être fascinant devenu un mythe. J’ai eu la chance en tant que danseur d’effleurer un peu Nijinski en abordant plusieurs de ses ballets comme « l’Après-midi d’un faune » et « Petrouchka », ou même « Vaslaw » de John Neumeier.»

Selon le directeur de la danse du Théâtre du Capitole, «Nijinski a changé la vision de la danse avec les Ballets russes. La légende du danseur et du génie créateur reste une référence absolue dans le monde de la danse. Avec cette programmation, j’ai trouvé plus effervescent de confronter diverses propositions qui sont comme des déclinaisons des ballets de Nijinski, ancrés dans le vocabulaire chorégraphique d’aujourd’hui. En premier lieu, elle a été envisagée avec des artistes musiciens et chanteurs en live, en raison de la force des quatre grandes œuvres musicales en présence. Les quatre chorégraphes, chacun avec sa propre vision et sensibilité contemporaines, nous présentent des univers différents et impriment leur regard d’aujourd’hui.»

À la Halle aux grains, les pianistes Nino Pavlenichvili et Jonas Vitaud et la mezzo-soprano Victoire Bunel interprèteront les parties musicales sur lesquelles ont été conçues les pièces de ce programme. Il débutera par « Vaslaw », imaginée en 1979 par l’Américain John Neumeier pour approcher la personnalité énigmatique et la légende de Nijinski, sur des extraits du « Clavier bien tempéré » et des « Suites françaises » de Johann Sebastian Bach. «Il est l’un des plus grands chorégraphes actuels, et qui plus est, il voue une véritable dévotion à Nijinski. Il possède d’ailleurs une collection impressionnante sur cette figure tutélaire. La présence de John me semblait incontournable et c’est une amitié de longue date. Son ballet « Vaslaw » décrit les états d’âme d’un être sensible et propose une autre approche de la personnalité de Nijinski», précise Kader Belarbi.

 

Faune DavidDawson« Faun(e) », de David Dawson

 

Créé en 1998, « Kiki la Rose » est une variation sur un fameux port de bras de Nijinski, interprète en 1911 du « Spectre de la rose », de Michel Fokine. Créé en 1911, à l’Opéra de Monte-Carlo, « le Spectre de la Rose » s’inspire d’un poème de Théophile Gautier et met en scène une jeune femme, de retour d’un bal, et son rêve. Du parfum de la rose qu’elle tient à la main, affleure un homme-songe pour une ultime «Invitation à la Valse». À la demande de Kader Belarbi, « Kiki la Rose », solo de Michel Kelemenis élaboré sur les mélodies d’Hector Berlioz « Villanelle » et « le Spectre de la rose », sera interprété en alternance par un danseur et une danseuse du Ballet du Capitole.

« Faun(e) » sera également jouée selon cette même réversibilité, avec une alternance entre version masculine et version féminine. Créée en 2009, cette pièce à succès du chorégraphe britannique David Dawson est une lecture intime et abstraite de la célèbre pièce « l’Après-midi d’un faune ». Manifeste de Nijinski contre la virtuosité et la légèreté qui fit scandale en 1912, « l’Après-midi d’un faune » s’inspire du poème éponyme de Stéphane Mallarmé et de la musique de Claude Debussy. Nijinski était l’interprète de ce faune, allongé sur un rocher quand paraissent des nymphes. Elles prennent la fuite lorsqu’il s’approche, sauf une qui s’éloigne finalement quand il tente de la saisir, laissant tomber un voile à ses pieds. Le faune s’en empare alors, l’emporte sur son rocher et s’étend sur le tissu dans un acte d’amour. « Faun(e) » sera représentée sur une version pour deux pianos de la musique de Debussy, « Prélude à l’Après-midi d’un faune ».

 

Stijn CelisStijn Celis

 

Enfin, le chorégraphe flamand Stijn Celis livrera une nouvelle version de « Petrouchka », sur la version pour deux pianos de la musique d’Igor Stravinski. Créé par les Ballets russes en 1911, ce ballet de Michel Fokine sous-titré « Scènes burlesques en quatre tableaux » vit triompher Nijinski (photo) dans le rôle du pantin amoureux d’une poupée. L’action se situe en 1830 à Saint-Pétersbourg pendant les fêtes de Mardi Gras. Un vieux charlatan attire la foule vers sa baraque foraine où, d’un coup de baguette, il donne vie à trois marionnettes : le timide Petrouchka amoureux de la Poupée, une coquette qui lui préfère un Maure stupide. Petrouchka souffre de n’être qu’un simple pantin qui ne peut exprimer son amour comme un humain. Il se révolte contre son rival qui, furieux, le poursuit et lui fend le crâne d’un coup de cimeterre, au grand effroi de la foule. Le vieux charlatan rassure le public en montrant que Petrouchka n’est qu’un pantin de chiffon. Dans cette création de Stijn Celis, qui est une relecture de « Petrouchka », «la marionnette devient imaginaire dans l’univers de catcheurs mexicains», prévient Kader Belarbi.


Capitole Billetterie

Billetterie en Ligne du Théâtre du Capitole

 

Ballet du Capitole
du 19 au 23 juin 2019  •  Halle aux Grains