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Mardi 20 Novembre 2018

Hambre : éternels désirs d’Espagne…

Par Nicolas Coulaud

A l’occasion du quarantième anniversaire de la Constitution espagnole de 1978, la Halle aux Grains accueille les 25 et 26 novembre prochains Hambre, Jota & Zarzuela, un spectacle pluridisciplinaire coproduit par l’Orchestre du Royaume d’Aragon et le danseur et chorégraphe Miguel Ángel Berna.

 

Miguel Ángel Berna  Miguel Ángel Berna

 

Si l’Histoire se résume souvent à des dates, celle de la mort de Francisco Franco le 20 novembre 1975 fut évidemment l’un des moments cruciaux de l’Espagne contemporaine. Après trente-six ans de dictature, la disparition du caudillo marqua l’effondrement de l’Etat franquiste et ouvrit la voie au long chemin de la transition démocratique dont la Constitution de 1978 est depuis lors restée le creuset.

Alors que l’Espagne commémore cette année le quarantième anniversaire de l’adoption de ce texte fondateur, l’Orchestre du Royaume d’Aragon, le Chœur Amici Musicae de l’auditorium de Saragosse ainsi que la compagnie du danseur et chorégraphe Miguel Ángel Berna célèbrent ces quatre décennies écoulées avec Hambre, Jota & Zarzuela, un grand spectacle plastique et musical qui réunit sur scène près de 120 artistes et rend hommage à cette danse traditionnelle aragonaise qu’est la jota. Donné à trois reprises en septembre dernier à Saragosse, Hambre fera escale les 25 et 26 novembre prochains à la Halle aux Grains de Toulouse, grâce à l’intercession du ténor Rubén Velázquez et de son association La Dame d’Aragon, dont la vocation est de renforcer les liens transfrontaliers et les échanges culturels entre l’Occitanie et l’Aragon.

 

Miguel Angel Berna Hambre

 

Le sortilège espagnol…

« Hambre rassemble plus d’une centaine d’artistes aux sensibilités diverses qui illustrent tous la richesse culturelle espagnole, et plus exactement les richesses originelles que la Constitution de 1978 proclame et permet de développer. Ce spectacle raconte l’histoire d’un pays, des racines de son folklore jusqu’à aujourd’hui à travers la jota, la danse et les chants traditionnels » indique Rubén Velázquez. Hambre n’est toutefois pas uniquement la mise en lumière d’un legs patrimonial et populaire. Son titre même, qui signifie de façon littérale la « faim », traduit surtout l’idée de désir. « C’est un désir de fraternité, de liberté. Un désir aussi d’exprimer la souffrance, l’amour ou la joie. Les différents morceaux musicaux et les danses, ou plutôt la danse, la jota, n’ont pas d’autre finalité dans ce spectacle » poursuit le ténor. Un profond désir d’Espagne, dont les mystères et l’attraction, parfois obscurs, ont fourni la matière des belles, douloureuses et charnelles évocations que l’écrivain Michel del Castillo a laissées dans Le sortilège espagnol, ouvrage achevé et paru entre la mort de Franco et la Movida des années 80.

 

 

« Les quarante ans qui se sont écoulés depuis l’adoption de la Constitution espagnole ont été marqués par cette envie profonde de démocratie, par l’attirance pour une forme de liberté. Cela s’est traduit par la Movida, une apogée culturelle et artistique rare. Quand on a connu la Movida, on ne peut se rappeler que de choses extraordinaires » confie Rubén Velázquez. La Movida, dont la parenthèse s’est lentement refermée au début des années 90, a laissé derrière elle l’idée que le dialogue entre l’Espagne d’avant-hier, d’hier et d’aujourd’hui peut encore trouver son écho. Hambre en est l’illustration, et la sensibilité du danseur et chorégraphe Miguel Ángel Berna n’y est pas pour rien. « Profondément aragonais, il a été nourri à la jota dès sa plus tendre enfance. Mais Miguel Ángel Berna est  un homme d’aujourd’hui. Il est respectueux de la tradition, mais soucieux de la moderniser afin de la pérenniser au près d’un jeune public moins enclin à se tourner vers le passé. Il conçoit son art comme une recherche des racines de la jota, de son évolution au cours des siècles, au gré des transformations sociales nées de l’histoire. La contemporanéité qu’il a su insuffler à la jota, qui puise aussi ses racines dans cet art majeur qu’est la zarzuela, est un apport extraordinaire » conclut Rubén Velázquez. Hambre, ou l’insatiable et éternel désir d’Espagne…

 

📍  Trois questions à Rubén Velázquez

Hambre  •  Jota & Zarzuela
dimanche 25 novembre 2018 (15h00) et lundi 26 novembre 2018 (20h00)
Halle aux Grains (Toulouse)

Hambre / Miguel Ángel Berna  ©  Jaime Oriz